Celui qui achevait son coming-out !
Quand je pris le train de 17h40 ce vendredi, je ne pensais pas que le Week-End qui allait suivre serait à marqué d’une pierre blanche. Les trois prochains jours s’annonçaient quelques peu chargés entre une soirée au travail de ma mère, un peu de visite de la famille, et un resto avec ma mère à l’occasion de mon anniversaire, sachant que j’avais eu 28 ans quelques jours avant.
Le début du Week-End fut un peu tendu car le système centrale des chaudières de l’immeuble où ma maman vit, était tombé en panne, et il fallut batailler avec la société de dépannage afin d’être dépanné et ne pas rester sans eau chaude tout le Week-End.
Après un peu de repos bien mérité ce samedi matin, nous partîmes en début d’après midi dans les hauteurs de Thonon les Bains pour aller rendre visite à une tante puis à une grand-mère par filiation. Cela faisait quelques mois que nous ne les avions pas vus et elles furent très contente de nous revoir. Entre compliments, histoires de famille, ragots en tous genre, biscuits et coupette de Kriter, l’après midi était vite passé. Nous priment donc congés de nos hôtes et nous rendîmes directement au travail de ma mère, où était organisé un barbecue.
Elle était très contente de présenter enfin à tout le monde, son cher fiston, sa fierté, elle qui n’arrêtait pas de parler de moi qu’en bien à ses collègues attendait forcement de moi que je me montre digne de la réputation qui m’était faite. Pour l’occasion j’avais choisi de m’habiller assez classe, jean vintage acheté dans le marais, et un haut noir (genre mix entre un pull et une chemise) trouvé chez Newyorker, à Cracovie, plus une veste militaire kaki transformé en veste d’été très sympa. Le temps n’était pas de la partie et donc nous dûmes tous, nous installer dans une salle assez vétuste où avait été dressée une grande table. Il y avait environ une quarantaine de personnes présentes, personnel de la société, ainsi que conjoints et enfants, le cas écheant. Ma mère fit un peu le tour de tout le monde pour me présenter, puis nous discutâmes un bon moment avec le directeur, lui le lyonnais tout content de parler à quelqu’un de la ville, parisien certes mais citadin comme lui. L’ambiance n’était cependant pas terrible et on sentait un peu de tension, bref ce que ma mère me racontait de son quotidien se reflétait dans cette soirée, beaucoup de sourire de façade, mais un coup de griffe à la première occasion. Très vite un de ces collègues se « colla » à nous pendant que nous dînions. C’était Sylvain, le prof de Shiatsu de l’établissement et accessoirement gay. Et dans son cas, il n’avait même pas besoin de le dire pour le comprendre, bref le genre de mec qui exhibe un peu trop par son look ou son discours ses préférences sexuelles quite à choquer la veuve et l’orphelin. Il était sympathique et intéressant, mais il ne me plaisait pas. En même temps ma mère ne savait pas que j’étais gay et il n’était pas dans mon intention de draguer qui que ce soit lors de cette soirée.
Avant d’arriver à la soirée, ma mère m'avait rappelé à mon souvenir ce fameux collègue et j’espérais que celui-ci ne ferait pas de remarques déplacées pendant la soirée, ou ne veuille fouiller dans ma vie privée si son "alarme" se déclenchait en me voyant. Peine perdue, à peine eus je le dos tourné que celui-ci s’empressa de demander à ma mère si je préférais les hommes ou les femmes. Ma mère fut très étonnée par la question, car elle ne s’attendait pas vraiment à ce que quelqu’un de gay lui pose la question par rapport à son fils. Elle bredouilla qu’elle n’était pas derrière moi en permanence, et qu’à sa connaissance je préférais les filles. Mais cette question eut comme conséquence de lui mettre subitement le doute en elle. Elle qui ne s’était jamais vraiment posé la question, tombait un peu de haut et pour la première fois se le demanda vraiment. Quand je revins m’asseoir à la table, je compris que quelque chose de bizarre s’était passé et en entendant une petite pique de Sylvain lorsque j’allais chercher une banane, je compris très vite ce qui s’était passé. Sur le moment, elle ne me parla pas de cela et continua à faire comme si de rien était. Pour ma part, j’étais assez énervé car je trouvais plutôt culotté de poser ce genre de question d’ordre privé, car après tout c’était a moi d’en parler à ma mère et personne d’autre.
Jusqu'à présent, il faut dire que je n’avais jamais vraiment trouvé le bon moment. Même si elle avait toujours semblé assez ouverte sur le sujet, je me souvenais de certaines discussions sur la question lors de réunions de famille et il faut reconnaître que ma famille sur la question n’était pas très tolérante. Je craignais vraiment que ma mère ne l’accepte pas, et ne voulant pas lui faire du mal, je n’en avais encore jamais parlé. En plus connaissant son caractère, j’avais peur que par orgueil elle coupe les ponts, ce qui n'était vraiment pas le moment propice, ces prochaines semianes, d’autant qu’elle allait bientôt se faire opérer et qu’elle allait vraiment avoir besoin de moi. Et il est vrai qu'étant de nature assez anxieuse, et m'imaginant plus le pire que le meilleur sur la question, je préferais attendre encore un peu avant de briser le silence. Aussi, cette intervention ne me plaisait pas car dans un sens il mettait à mal mes plans.
Prétextant que je m’ennuyais ferme dans cette soirée, sincèrement pas très passionnante, je proposais à ma mère de rentrer un peu plus vite que prévu. Surtout qu’entre l’après midi en famille et cette soirée bien arosée, elle avait pas mal bu. Je la sentais, aussi, un peu énervé, et j’avais envie de rentrer en un seul morceau à la maison, d’autant que je ne sais pas conduire, donc je ne voulais vraiment pas faire de vague en ce samedi soir. En partant une de ces collègues fit une blague de mauvais goût sur ma mère, ce qui irrita encore plus ma pauvre maman. Très remonté contre son travail, en plein doute suite aux propos du prof de Shiatsu, j’eue droit sur le trajet du retour à quelques remarques bien salés concernant ses collègues. Dans la foulée, elle me parla de ce que lui avait dit Sylvain. Et me demanda pour quelle raison celui-ci avait pu penser que j’aimais les hommes. Sur le coup, et pris au dépourvu, je lui dis que ce n'était pas le cas, encore une fois, encore bêtement. Mais j’étais vraiment convaincu que ce n’était pas le bon moment, en pleine nuit sur une route départementale, alors qu’elle était très énervée et avait pas mal bu. Je me devais d’attendre, alors je trouvais une excuse un peu bateau, genre l’habit ne fait pas le moine. Pour moi le moment n'était pas ecnore venu.
Pourtant, un peu plus tard, je me couchais pas serein. Je n’arrêtais pas de penser à cette soirée et cette conversation dans la voiture. Je me sentais comme trahi et en même temps je savais au fond de moi que j’avais envie que la vérité éclate. Cela me bouffait de plus en plus car je voulais vraiment que ma mère sache pour moi. Je n’avais jamais trouvé de solution pour lui dire, je pensais que j’avais encore besoin d’un peu de temps, mais pourquoi repousser encore et encore … je me trouvais lâche, je ne me comprenais pas, moi qui est toujours très bien assumé mon homosexualité auprès de mes amis et de mon travail mais qui n'arrivait pas à assumer auprès de ma mère.
Le lendemain, je profitais que maman soit sorti faire des courses pour téléphoner à Olivier et lui parler de ce qui s’était passé hier soir. J’avais besoin de ses conseils car j’étais un peu perdu, et il me dit qu’il sentait que cela me pesait de plus en plus et qu’il fallait vraiment que tôt ou tard je fasse mon coming out auprès de ma mère pour être serein. Qu'il fallait que j'ai confiance et qu'il ne fallait pas que je pense au pire. Oui il avait raison, après c'était elle qui en réagissant mal se priverait de l'amour d'un fils, de son fils unique. Oui cela me bouffait de plus en plus, m'empechait d'être détendu, d'être serein, d'être moi tout simplement. Aussi, je promis à Olivier, de tout dire à ma mère avant la fin de l’année, pour en finir avec ce mensonge. Dans mon idée, je pensais tout lui révéler courant décembre quand elle serait sur Paris pour sa convalescence.
Vers treize heures, nous allâmes, ma mère et moi, déjeuner au Casino d’Evian à l’occasion de mon anniversaire. Une fois la commande passée, nous reparlâmes un peu de la soirée d’hier soir qui avait pas mal déçu ma mère à tout niveau. Elle semblait quand même beaucoup plus apaisée et avait le moral. Pendant le plat principal, elle reparla de son étonnement quand à la question de Sylvain sur mes préférences sexuelles. Comme par réflexe, je trouvais encore une bonne raison de lui faire penser que j’étais hétéro, mais en même temps je sentais comme une chaleur monter en moi. Je me voyais encore mentir et ne pas oser lui dire ce que je n’ai jamais eu peur de dire à qui que ce soit. Je me voyais encore être emporter dans un ouragan de mensonge, et que d’attendre encore et encore, pourrait rendre la vérité bien plus désastreuse au final. Je ne devais plus reculer et quoi qu’en soit les conséquences, je ne devais plus feindre, j’étais à bout, je devais lui dire, le temps était finalement venu. Alors je pris le parti de relancer encore le sujet, en lui demandant comment elle réagirait si ce que pensait Sylvain de moi était vrai, mais avant de vouloir répondre, comme comprenant mon stratagème. Elle m'interrompis.
Et elle me demanda : « Pourquoi me demandes-tu ça ? Es-ce que tu préfères les hommes ? »
Dans un souffle et en la fixant droit dans les yeux je répondis : « Oui »
Elle reprit : « Tu plaisantes ou quoi ?? »
Je lui dis « Non je ne plaisante pas, je préfère les hommes »
Sous le choc elle marmonna « Bon … d’accord … »
Je lui répondis : « Il fallait que te le dise, cela faisait un moment que j’en avais envie mais je n’avais jamais trouvé les mots, le bon instant … je ne veux plus te mentir là dessus»
Elle me dit : « Ce n'est pas forcement ce que j'espérais, je pensais que Sylvain se trompait. C’est comme ça, on ne peut rien y changer ... et tu n’as jamais essayé avec les filles ? »
Je lui indiquais : « Disons que j’ai essayé, mais cela fait quelques temps que je suis sûr de préférer les hommes »
Elle reprit : « Pourtant c’est beau le corps d’une femme ... »
Je lui expliquais : « Tu sais je n’ai pas choisi, c’est comme ça, je préfère les hommes, je suis bien plus heureux comme ça, et ca me soulage vraiment de te le dire, j'espère que tu ne m'en voudras pas »
Elle me répondit : « Non, après tout si tu es heureux comme ça alors c’est le principal, je ne m'y attendais pas, même si depuis hier j'avais des doutes, ca ne change rien. »
Jamais je n’aurais imaginer cela, mais il fallait bien me rendre à l’évidence, ma mère acceptait plutôt bien cette révélation et le fait que je sois homosexuel, Elle ne me criait pas dessus et bien au contraire, elle continuait à me regarder de manière bienveillante, certes je pouvais sentir une petite déception légitime mais elle avait vite laisser passer sa peine. Sans doute avait-elle pensé à cette discussion d’avec Sylvain et depuis hier, je pense qu’elle devait sans cesse se demander si cela était vrai. J’avais fais tomber le suspens bien vite, à son grand soulagement, car elle n’avait pas eu le temps en une demi journée de trop se poser de questions sur le pourquoi du comment, chercher une explication, les faits étaient là, elle ne pouvait rien y faire, ce n’était pas de sa faute et comme je l’ai accepté, il fallait bien qu’elle l’accepte.
La pression retombant, accompagné par la joie de lui avoir enfin dit, et si heureux qu’elle l’accepte si bien, je m’effondrais en larme dans le restaurant. Nous nous primes la main et elle me rassura encore. J’avais craint le pire, même qu’elle ne veuille plus me voir. Je lui avouais mes craintes et elle me répondit d’une douce voix que cela ne serait jamais arrivé, car elle tenait trop à moi, qu’elle n’avait que moi, et que je n’aurais pas dû avoir peur, la preuve en était qu’elle me soutenait, qu’elle ne me jugeait pas et acceptait cela. Et pour essayer de me faire retrouver le sourire, elle ajouta qu’avec une maman un peu fofolle, comme elle, il ne pouvait en être autrement. Je lui dis aussi que cela ne m’empêchera quand je me sentirais prêt à tout niveau, d’envisager d’avoir un enfant, car j’y songeais même si j’étais gay et qu’elle pouvait encore garder grand espoir d’être un jour grand-mère.
Ensuite, elle ne tarda pas à me poser des questions sur le sujet, depuis le temps qu’elle rêvait secrètement de connaître ma vie amoureuse et sexuelle, elle avait pas mal de choses à rattraper. Aussi pour combler sa nouvelle soif de découverte de l'amour entre hommes, je lui parlais un peu de mes relations passés et lui dit que j’étais célibataire actuellement. Elle me posa aussi la question par rapport aux amis qu’elle connaissait et qu’elle appréciait beaucoup. Ma mère étant de nature curieuse, et afin d’être franc jusqu’au bout, tant qu’a faire, je lui expliquais qui était qui, et qui était quoi, dans la limite des gens qui avaient fait leur coming out.
Ensuite, elle m’avouait qu’une nièce de ma tante (la fille de la soeur du mari de la soeur de ma mère) avait avoué son homosexualité et que la famille l’avait plutôt bien pris en dépit de leur dévotion. Mais que seul le père de la fille ne le savait pas car étant plutôt de nature violente, ils ne voulaient pas risquer un drame (je vous rassure ils sont en Pologne, et ne risque pas de tomber sur ce texte). Nous évoquâmes aussi le cas d’une de mes cousines, la fille de ma tante (la soeur de ma mère), pour qui nous avions toujours eu de sérieux doutes. C’était drôle de la voir parler librement et sans tabou de tout cela, je pense que toutes ces questions et révélations faisaient partie d’un processus d’acceptation pour elle, histoire de lui dire, tu vois tu es loin d’être la seule à avoir un enfant gay et dans mon entourage cela s’est bien passé pour tout le monde, bref tout le monde le vit bien. Moi qui ne la pensait pas trop ouverte sur la question, je me rendais compte qu'elle l’était pourtantbien, même si elle avait quand même un peu de mal par rapport au plaisir sexuel que l’on peut avoir avec une personne du même sexe, mais bon n’ayant jamais eu d’attirance pour des filles, je pouvais comprendre cela.
Nous continuâmes à discuter en sirotant un cocktail au bar du casino. Je lui dis aussi que j’en voulais un peu à ce Sylvain d’avoir manquer de courtoisie envers elle et de lui avoir balancer de but en blanc ma probable homosexualité, mais que dans un sens grâce à cela j’avais enfin pu trouver le bon moment et les bons mots pour que le coming out se passe du mieux possible.
Depuis ce dimanche, notre relation est toujours aussi bonne, nous nous aimons toujours autant, je crois même que cela va dans un sens nous rapprocher encore, après tous les malheurs qui nous sont tombés sur la tête. Je crois aussi, que je ne réalise pas encore complètement, et qu’il va me falloir un petit moment pour réaliser que ma mère sait que je suis gay et qu’elle le vit très bien. Un sentiment particulier émane de moi en ce moment, entre une joie énorme d’avoir fait disparaître ce boulet que je traînais au pied et cette petite tristesse, de savoir que dans un sens j'ai dû quand même la rendre un peu triste. Mais cela passera vite car après tout c’est la vie et il faut avouer qu’il y a des choses bien plus grave qui peuvent arriver, et qu'être homosexuel n'est rien grave et honteux.
Et puis c’est drôle mais je m’y étais attaché à ce boulet, je me sens un peu orphelin de ce secret que je traînais, j’ai le sentiment bizarre d’avoir été démasqué alors que je ne suis coupable de rien. Je suis juste un jeune homosexuel comme tant d’autre et qui essaye comme n’importe qui de vivre de la meilleure manière possible. Je suis encore plus libre qu'avant, libre de vivre l'amour d'un homme et je vibre de bonheur à l'idée qu'un jour prochain, ma mère puisse être heureuse de me voir amoureux et comblé.